Je suis attiré par des matériaux humbles mais chargés d’évocation ; ici, des canettes de bière écrasées, ramassées dans les rues de New York — chacune ayant été portée aux lèvres de quelqu’un. Mon processus de « recyclage », qui les transforme en images de papillons, est une méditation physique silencieuse, un yoga fait de cisailles, de limes et de doigts. Quand les papillons se posent sur les murs de mon atelier, ils ouvrent la voie à une exploration des questions formelles et picturales. Souvent, ils cherchent à se rassembler en une forme particulière ou à s’échapper dans une direction imprévue, et je les laisse faire. Ils jouent à la fois le rôle de marques dans ces « peintures » abstraites et tridimensionnelles, et celui d’acteurs dans des récits singuliers. Certaines œuvres développent une dimension quasi magique, comme si un enfant étrange avait dressé les insectes à exécuter une danse rituelle à laquelle nous n’avons normalement pas accès.
Les papillons revêtent également une dimension symbolique, et j’essaie d’instaurer une unité conceptuelle entre matériaux, processus et imagerie : métamorphoser des canettes de bière abandonnées en essaims de papillons reflète l’acte de transformation et de renaissance que ces créatures incarnent à travers toutes les cultures.
Les papillons paraissent impossibles. Comment ces créatures d’une délicatesse extrême, semblant emportées par le souffle le plus léger, peuvent-elles parcourir des milliers de kilomètres pour migrer ? Comment un GPS inné et intergénérationnel les guide-t-il, année après année, vers le même arbre ? Sommes-nous plus semblables à eux que nous le soupçonnons, ou pourrions-nous l’être ?
- Paul Villinski